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Pourquoi le confinement n’a pas suffi à freiner le changement climatique ?

Updated: Feb 1


Malgré ses aspects contraignants, on entend régulièrement dans les médias que le confinement du printemps 2020 a tout de même constitué une bonne nouvelle pour la planète. Le raisonnement paraît logique : en stoppant toutes nos activités, nous avons diminué notre consommation, notre production et donc nos émissions de gaz à effet de serre. Un phénomène d’autant plus marquant que 2019 avait été répertoriée comme la deuxième année la plus chaude dans le monde.


Mais qu’en est-il sur le long terme ? Mettre notre monde en pause peut-il être une solution pour remédier au dérèglement climatique ?




  • Les effets positifs du confinement : les émissions de CO2 ont baissé


On a vu que le premier confinement avait induit un effet positif sur nos émissions, avec une baisse d’environ 5 à 10% des rejets de dioxyde de carbone dans le monde. Entre début février et début mars 2020, les émissions ont ainsi diminué de près d’un quart en Chine par rapport à 2019 (source CarbonBrief). Pour respecter l’Accord de Paris, il faudrait réaliser une baisse de 7,6% de nos émissions par an entre 2020 et 2030, le confinement serait donc un bon début pour respecter cet accord.

En France, on aurait constaté une baisse de 45 millions de tonnes de CO2 selon le Haut conseil pour le Climat, de 15 à 20% de notre consommation journalière d’électricité selon le Réseau de transport d’électricité (RTE) et de 10 à 15% de notre consommation de gaz.

La qualité de l’air se serait aussi améliorée de 20 à 30% dans l’agglomération parisienne selon AirParif. Des images satellitaires de la NASA avaient aussi mis en évidence le double phénomène de chute des émissions d’oxyde d’azote et de CO2 en Chine et dans le nord de l’Italie.


Mais alors avec de telles baisses, mettre le monde en pause est-il la solution ? Faudrait-il arrêter de consommer pendant un certain temps pour remettre les compteurs à zéro ?




  • Mettre le monde en pause ne suffit pas


Selon la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui préside le groupe n°1 au GIEC (qui étudie les principes physiques du changement climatique), la baisse des émissions de CO2 pendant le confinement n’est pas salvatrice pour la planète car ce n’est pas une action concernée et intelligente. En effet, si on réduit nos émissions de 5 à 10% mais que l’on repart à l’identique quelques mois plus tard, la baisse des émissions s’avère négligeable car il est ici question de concentration de CO2. Auparavant, avant que les activités humaines ne perturbent l’atmosphère, existait un équilibre entre les puits et les sources naturelles de carbone. Avec les quantités colossales de carbone émis et la déforestation, la composition atmosphérique actuelle a été façonnée par les émissions de GES liées aux activités humaines depuis la révolution industrielle. Chaque année, c’est la moitié des émissions mondiales liées à l’activité humaine qui s’accumule et s’ajoute à celles de l’année précédente. Ce qui va déterminer le réchauffement futur, c’est le cumul de ces émissions. Aussi, pour que le climat se stabilise, il faudrait réduire de façon « intelligente » et juste nos émissions pour aller vers la neutralité carbone. Au final, une réduction sur une seule année ne saurait être suffisante.


  • La sortie du confinement est un moment clé pour la planète


Si ce n’est pas la seule solution pour réduire les émissions de CO2, la sortie de la crise sanitaire sera néanmoins un moment décisif sur le plan écologique. Pourtant, c’est aussi un moment qui peut entraîner des effets pervers.


  • Le report des rendez-vous pour le climat


A la sortie du confinement, il peut être tentant de se dire que la crise sanitaire est la priorité et que la crise écologique vient au second plan, sans réaliser que ces deux crises sont liées C’est déjà le cas avec le report des rendez-vous internationaux tels que la COP26, très importante pour la mise en place de l’Accord de Paris, ainsi que la Convention sur la diversité biologique, qui va repousser les grandes décisions internationales pour faire face au changement climatique.


  • L’effet rebond à la sortie de la crise


Un effet de rebond à la sortie de la crise est une hypothèse vraisemblable : après des privations, il est tentant de consommer de façon excessive, comme pour se rattraper. D’autant que la crise sanitaire a entraîné un phénomène d’épargne chez les Français, avec un flux mensuel passant de 6 milliards d’euros en janvier à 22 milliards d’euros en mars 2020, selon le rapport de la Banque de France. Les Français ont donc une réserve d’épargne à dépenser, ils peuvent le conserver à cause de la crise, le dépenser dans des produits de consommations fortement carbonés ou le dépenser dans des produits responsables.


Au-delà du comportement des consommateurs, les effets de la crise sur le climat vont en grande partie dépendre des gouvernements : selon l’Agence internationale de l’énergie, 70% des investissements mondiaux dans l’énergie propre viennent des exécutifs.

Si on prend comme exemple la sortie de crise de 2008, les mesures prises pour faire face à la crise financière profitaient largement aux entreprises les plus polluantes. L’Institut de l’Economie pour le Climat souligne en effet « qu’après la crise financière de 2008, les Etats ont soutenu les secteurs les plus carbonés et les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté ». Les dépenses ayant stimulé l’utilisation de combustibles fossiles, les émissions de carbone avaient augmenté de 5% l’année suivant le krach boursier.

  • Le plan de relance est une opportunité de changer de modèle


Source : economie.gouv.fr


Qu’en est-il du plan de relance du gouvernement en 2020 ? Il est quatre fois supérieur à celui de 2008 avec 100 milliards d’euros investis dont 36 milliards pour la cohésion sociale et territoriale, 34 milliards pour la compétitivité des entreprises et enfin 30 milliards pour la transition énergétique. Cependant, malgré les 30 milliards débloqués pour la « relance verte », Greenpeace France estime que le plan ne rompt pas avec une économie productiviste et fortement carbonée incompatible avec l’Accord de Paris sur le climat. Ainsi, pour Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace France, le plan de relance du gouvernement est « beaucoup moins vert qu’il n’y paraît ». Il pointe par exemple « la baisse des impôts de production à hauteur de 20 milliards d’euros pour toutes les entreprises, sans distinguo basé sur leur impact environnemental et sans conditions écologiques et sociales contraignantes ». Il considère en effet que sans mesures « sur la baisse du trafic routier ou aérien, sur la baisse de la production de viande, d’œufs et de produits laitiers nécessaires pour réduire nos émissions », le plan ne permettra en aucun cas de changer la donne.


  • Les enjeux de la crise sanitaire et de la crise climatique sont liés


Il ne faut pourtant pas séparer la lutte contre la crise sanitaire et climatique, car elles sont imbriquées.

Tout d’abord, la cause de ces deux crises est similaire : c’est la modification rapide et profonde de l’environnement naturel par l’être humain. Les comportements de l’Homme sont à l’origine de nombreux dérèglements à la fois sur notre santé et sur le climat. Par exemple, lorsque des animaux sont chassés de leur milieu naturel, ils se rapprochent des animaux d’élevage pour y trouver de la nourriture et un refuge, et ces animaux d’élevage deviennent vecteurs de maladie contagieuses pour l’Homme. Les dérèglements de leur milieu affaiblissant également l’immunité des animaux, ils deviennent plus facilement des hôtes infectieux. Selon l’écologue et biologiste du CNRS Serge Morand, notre déconnexion à la nature a ainsi créé des « flambées épidémiques ».


Si l’origine des deux crises est liée, les solutions le sont également. Il apparaît donc que la sortie du confinement devrait être l’occasion d’une solidarité climatique. Nous savons aujourd’hui qu’un changement radical est possible dès lors qu’il est ordonné par les gouvernants. En effet, la crise de la Covid-19 nous aura montré notre capacité à nous adapter et à adopter des comportements qui semblaient jusqu’ici impossibles : le télétravail, la diminution drastique des transports notamment aériens et la réduction de la consommation de biens « non essentiels » ou du moins une réflexion accrue sur les effets pervers de la surconsommation. Des comportements à inscrire dans la durée, après la crise du coronavirus.



Paloma PETRICH




Bibliographie


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